La grande confusion autour des modes vient de leur utilisation en musique tonale.

Dans cette article, nous allons tout clarifier et montrer étape par étape comment improviser sur une progression tonale en utilisant des modes.

Au programme : construisons ensemble la tonalité de Do majeur, créons une progression d’accords tonale, et improvisons dessus en utilisant les modes.

Construisons la tonalité de Do majeur

Pour construire notre tonalité, nous avons besoin d’une tonique et d’une gamme. Nous voulons construire Do majeur, prenons comme tonique Do et comme gamme la gamme majeure :

Nous pouvons d’ores et déjà piocher dans cette gamme et créer des mélodies :

Mais si nous voulons créer un morceau, nous aurons besoin d’accords. Comment les obtenir ?

Pour obtenir les accords de la tonalité, il faut harmoniser la gamme.

Chaque note de la gamme va devenir la 1re note d’un accord, et nous allons empiler des notes par-dessus pour obtenir les accords.

Quelques précisions :

  • Nous n’allons utiliser que des notes comprises dans la gamme de notre tonalité pour créer les accords.
  • Nous allons empiler les notes par intervalles de 3ces les unes par rapport aux autres.
  • Les accords ainsi obtenus seront désignés par le terme « degrés de la tonalité ».

Ier degré

Construisons ensemble le Ier degré. Pour ce faire, prenons la 1re note de la gamme, Do :

Au sein de notre gamme majeure, sélectionnons la note située à une 3ce ascendante de notre Do :

Il s’agit de la note Mi, empilons-la sur le Do pour former un accord :

Ajoutons une 3e note, qu’on pioche dans la gamme, à intervalle d’une 3ce par rapport à Mi :

Il s’agit de Sol. On l’empile :

Et voilà notre accord de Ier degré ! Par rapport à sa 1re note, les intervalles des autres notes sont une 3ce majeure pour Mi et 5te juste pour Sol. Un accord composé d’une 3ce majeure et d’une 5te juste par rapport à la 1re note est une triade majeure.

Notre Ier degré degré est donc l’accord de Do majeur.

La tonalité de Do majeur harmonisée

Pour obtenir la totalité de la tonalité de Do majeur, il faut harmoniser comme ci-dessus chaque note de la gamme. Je vous passe le processus, voici le résultat :

Vous avez devant vous les 7 degrés de la tonalité de Do majeur. Nous pouvons maintenant les utiliser pour former une progression d’accords tonale.

Construisons une progression d’accords tonale

À ce stade, je vais volontairement sauter beaucoup d’étapes ! Car pour construire des progressions d’accords, on ne dispose pas les degrés de la tonalité au hasard…

En fait, des notes comprises dans la gamme majeure produisent de la tension harmonique, qui se ressent également dans les accords (car on les construit à partir de la gamme). Certains enchaînements fonctionnent particulièrement bien et sont plébiscités par les compositeurs, on les appelle les cadences tonales.

Si vous voulez étudier la construction de la tonalité majeure dans le détail, comprendre son influence sur l’harmonie des grilles de jazz et comment improviser de manière cohérente dans ce cadre (à l’image des grands jazzmen), suivez mon cours complet Harmonie Jazz : de la Théorie à l’Improvisation.

Revenons à nos moutons ! Pour mon exemple, vais juxtaposer les 1er, 6e, 2d et 5e degrés de la tonalité, comme dans le morceau I Got Rhythm de Georges Gershwin :

Nous allons jouer cette progression en boucle.

Improvisons maintenant sur ces accords, en utilisant les modes !

Comment improviser sur une progression d’accords tonale avec les modes

Comment savoir quel mode utiliser pour chaque accord de notre progression ?

Sortez le concept de « mode » de votre tête un instant. La principale limitation d’une progression d’accords présentée sous forme de grille est qu’elle ne nous donnent que ce que joue la section rythmique, à savoir, les couleurs d’accords à 3 ou 4 sons.

C’est déjà beaucoup de matériau pour improviser ! Mais si nous voulons obtenir une sonorité linéaire, de plusieurs notes conjointes, nous aurons besoin de gammes. Pour chaque accord, nous cherchons une gamme appropriée qui, en la jouant, fera ressortir la couleur de cet accord.

Mais comment savoir quelle gamme employer pour chaque degré de notre tonalité ?

La gamme du Ier degré

Prenons notre Ier degré. Nous l’avons construit tout à l’heure en empilant les unes par-dessus les autres des notes de la gamme fondatrice de notre tonalité.
Cet accord découle directement de la gamme de Do majeur. En utilisant celle-ci par dessus, nous devrions obtenir un son cohérent, non ?

Une petite précaution, à l’intérieur de notre phrase, mettons en valeur les notes de l’accord, en évitant de stationner sur les autres notes trop longtemps. Voici un exemple :

Ici, pendant que la section rythmique joue l’accord de Do majeur, j’improvise en utilisant la gamme de Do majeur. Je fais bien attention de mettre en valeur les notes de l’accord (Do, Mi et Sol).

Et si j’ai le malheur de mettre en valeur des notes étrangères à l’accord, la section rythmique et ma phrase sont en conflit harmonique !

Ici, j’ai mis en valeur la note Si, qui, malgré qu’elle fasse partie de la gamme de Do majeur, ne fait pas partie de l’accord de Do majeur joué par la rythmique. L’harmonie est donc en tension !

Cette note sera plus appropriée en tant que note de passage, pour relier deux notes consonantes entre elles, en montant ou descendant la gamme.

La gamme du vie degré

Passons à l’accord suivant, A-. Cet accord a été construit à partir de la 6e note de la gamme majeure, en empilant des notes de la gamme les unes sur les autres.

Et si nous prenions cette 6e note comme base, et que nous déroulions les autres notes de la gamme majeure à partir d’elle ?

Cela me donne la gamme de Do majeur, mais à partir de la note La. Et si je l’utilisais pour improviser sur l’accord de vie degré degré, La mineur ?

Mais quel est l’intérêt d’utiliser la gamme de Do majeur à partir de La ? Pourquoi ne pas seulement utiliser la gamme de Do majeur, en faisant attention à mettre en valeur les notes de notre accord A- ?

Ça pourrait marcher aussi :

Dans cet exemple, j’ai pensé « gamme de Do majeur », en mettant les notes de l’accord en valeur (La, Do Mi).

… Pourquoi se prendre la tête ?

Vous allez voir, cela va faire sens avec le degré suivant.

La gamme du iid degré

Improvisons sur le degré suivant de la tonalité, le iid degré, D-.

Cet accord a été construit à partir de la 2e note de la gamme majeure, en empilant des notes de la gamme les unes sur les autres.

Prenons cette 2e note, et déroulons les autres notes de la gamme à partir d’elle :

Nous obtenons la gamme de Do majeur, commencée par Ré.

Improvisons maintenant sur D-, en prenant soin de mettre en valeur les notes de l’accord :

Quel est l’intérêt d’utiliser cette gamme de Do majeur à partir de la note Ré, plutôt que Do majeur tout court ?

Eh bien, en « pensant » de cette manière, les notes de l’accord (qui sont particulièrement importantes) sont déjà mises en valeur !

En montant la gamme en croches, on met les notes Ré, Fa, et La (qui constituent notre accord D-) sur les temps, ce qui est perçu comme « à la bonne place » par notre oreille :

Dans ma phrase, j’ai commencé en montant ma gamme de Do majeur commencée par Ré. Je l’ai joué de la manière la plus basique possible : dans un rythme de croches, en commençant sur le 1er temps. Observez comme toutes les bonnes notes tombent sur les temps, Ré sur le 1er, Fa sur le 2d, La sur les 3e et 4e.

Dans ce contexte, il est plus avantageux de « penser » notre matériau harmonique comme étant la gamme de Do majeur en commençant par Ré, plutôt que d’utiliser la gamme de Do majeur tout court.

Rebondissement : il s’agit d’un mode !!

Et c’est maintenant qu’il faut vous accrocher pour bien comprendre !

Nous sommes d’accord, la gamme que nous venons d’utiliser pour improviser est la gamme de Do majeur en partant de Ré.

Notre note de départ est donc Ré. Cessons de réfléchir en terme de notes, et considérons les intervalles séparant les notes entre elles :

Par rapport à notre note de départ Ré, la 2de note Mi est située à un ton (intervalle de 2de majeure), la note Fa à un ton et demi (intervalle de 3ce mineure), etc…

Revenons un instant à la gamme de Do majeur, en commençant par Do. Considérons les intervalles séparant les notes :

Par rapport à notre note de départ Do, voici les intervalles qui composent la gamme, listés :

2de majeure, 3ce majeure, 4te juste, 5te juste, 6te majeure, 7e majeure.

Comparez-les à ceux obtenus précédemment, en commençant par Ré :

2de majeure, 3ce mineure, 4te juste, 5te juste, 6te majeure, 7e mineure.

Ces intervalles sont différents !! En prenant la même gamme (Do majeur) et en la commençant par une autre note, par rapport à la note de départ, nous obtenons une échelle d’intervalles différente.

Terminons le raisonnement en rappelant ce qu’est un mode :

Un mode est un ensemble de notes caractérisées par leurs intervalles par rapport à une note de départ.

Ici, en ne regardant que les intervalles, nous avons bien deux échelles d’intervalles différentes, donc deux modes différents !

Conclusion

En commençant la gamme de Do majeur par d’autres notes de cette gamme, nous avons en fait créé des modes. Dans ce contexte, on les appellera chacun « le mode de [note de départ] », par exemple « le mode de Ré ».

Donc, pour improviser sur notre progression tonale avec des gammes correspondant aux accords, on utilisera :

  • C (Ier degré) —> Le mode de Do (= la gamme de Do majeur)
  • A- (vie degré) —> Le mode de La (= la gamme de Do majeur commencée par La)
  • D- (iid degré) —> Le mode de Ré (= la gamme de Do majeur commencée par Ré)
  • G (Ve degré) —> Le mode de Sol (= la gamme de Do majeur commencée par Sol)

Ces modes ont des noms propres que nous découvrirons dans une prochaine séquence.

Et voilà comment les modes s’immiscent en musique tonale !

Avant de poursuivre, posons-nous une question cruciale : est-il souhaitable d’improviser sur des progressions tonales en utilisant les modes ?


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