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Cette semaine nous partons en Espagne. Le disque de la semaine sent le soleil, la mer et l’océan… mais surtout le flamenco, et les soirées d’été passées à danser sous le rythme des guitares et des castagnettes. Olé!

J’espère que les deux dernières Newsletter t’on donné goût aux grands ensembles (pour rappel : Begin Again de Fred Hersch et Triple Helix du Tentet d’Anat Cohen), car le groupe de la semaine est composé de 8 musiciens! Et le leader du groupe est une véritable légende vivante (78 ans pour non pas un, non pas deux… mais 22 Grammy-awards!!).

Vous l’avez sans doute déjà deviné, je vais parler aujourd’hui de ANTIDOTE, de Chick Corea et son Spanish Heart Band.

L’Album et les Artistes

On ne présente plus Chick Corea, tant l’empreinte qu’il a laissé durant ses 40 ans de carrière est profonde dans le paysage jazzistique.
Il brille autant en solo (Portraits, Solo Piano…), qu’en duo (avec Gary Burton ou Herbie Hancock…), qu’en trio (avec John Patitucci et Dave Weckl, ou encore récemment avec Christian McBride et Brian Blade), ou avec n’importe quelle autre formation (Akoustik Band, Elektric Band, Return to Forever…).
Toute sa discographie est remplie de pépites, et son Spanish Heart Band se place dans la continuité de deux ses deux albums qui ont marqué le visage du latin-jazz, à savoir My Spanish Heart (1976) et Touchstone (1982).

L’équipe qu’il a constitué pour l’occasion est à la hauteur du répertoire et des arrangements plutôt ardus proposés tout au long du disque.
Le guitariste de flamenco Niño Rosele et le flûtiste/saxophoniste Jorge Pardo apportent une couleur locale car ils viennent tout deux d’Espagne. Ils ont comme Corea travaillé avec le maître de la guitare flamenco Paco de Lucia. Notre pianiste lui rend d’ailleurs hommage en faisant apparaître un original du guitariste vers la fin du disque (Zyryab, enregistré avec Corea sur l’album du même nom en 1990).

Le bassiste cubain Carlitos del Puerto et le percussionniste vénézuélien Luisito Quintero avaient déjà travaillé avec Corea sur l’album paru en 2018 Chinese Butterfly, en collaboration avec Steve Gadd.
La section de Michael Rodrigues à la trompette et Steve Davis au trombone sert la musique avec précision et justesse, et la polyvalence de Marcus Gilmore à la batterie n’est plus à démontrer. Aussi à l’aise sur du jazz influencé hip-hop que sur de la rhumba, le petit fils de Roy Haynes trouve un compagnon de jeu rythmique en Nino de los Reyes (un danseur de flamenco qui commence à se faire connaître) le temps de quelques pistes.
Rubén Blades, Gayle Moran Corea (la femme de notre pianiste), et Maria Bianca viennent poser leurs voix sur quelques pistes, dernière pièce du puzzle savamment assemblé par le pianiste.

Piste par Piste

La première plage Antidote, qui donne son nom à l’album, nous plonge tout de suite dans l’ambiance. La voix de Rubén Blades danse au dessus-de la rythmique et des contrechants de cuivres, et la transe s’installe jusqu’au bouquet final avec un chorus collectif endiablé.

Suit Duende, originalement paru sur Touchstone. L’élégante mélodie est tour à tour interprétée par la Jorge Pardo et Steve Davis, de deux manières aussi différentes qu’expressives. Rodrigues se lance ensuite dans un slalom sur la piste modale imaginée par Corea, qui à son tour livre un de ses meilleurs solos de l’album. Le morceau se conclut après un spécial plutôt ardu, sur une quadruple (!) coda.

La partie 1 du dyptique Yellow Nimbus vient ensuite. S’ouvrant sur deux coups de congas, c’est dans ce morceau que transparaît le plus l’essence flamenco qui imprègne tout l’album. À l’origine écrite pour le duo Corea/De Lucia pour Touchstone, le groupe revisite la superbe composition à tiroirs en offrant des moments d’interactivité géniaux (les échanges entre Nino de los Reyes, Luisito Quintero et Marcus Gilmore par exemple).

Une mélodie brièvement évoquée par Jorge Pardo ouvre la partie 2, et ce par son interprétation en guitare solo par Niño Rosele qui éblouit par son habileté en guitare flamenco, son territoire de prédilection. Tout le début de la partie 2 de Yellow Nimbus est marqué par les échanges de thèmes et chorus entre le guitariste et Corea, comme pour rendre hommage au duo originel avec Paco de Lucia. Un bref retour au thème conclut la deuxième partie de la suite.

Corea pioche aussi bien dans Touchstone que dans My Spanish Heart, et il en tire la piste titre introduite par un choeur enregistré en re-recording par Gayle Moran Corea (on jurerait entendre l’intro d’un morceau de Jacob Collier!!).
Blades nous livre une interprétation pleine d’émotions de la mélodie emblématique de Corea, et Rodrigues nous émerveille de son son de bugle velouté.

Vient ensuite la très célèbre Armando’s Rhumba, composée par Corea et dédiée à son père. De courts chorus des soufflants s’enchaînent jusqu’à celui de notre pianiste qui se faufile comme un chat entre les backs de l’arrangement pour le moins virtuose (comme en atteste l’introduction…).

Un arrangement audacieux de Desafinado est glissé mine de rien dans l’album, et Corea semble vouloir y démontrer toute sa science harmonique. Maria Bianca pose sa voix au accents délicieusement soul sur la rythmique bossa servie notre pianiste qu’on avait pas encore entendu au Fender Rhodes.

La mélodie de Paco de Lucia, Zyryab, succède à celle de Jobim. On a là encore de très chouettes accents de flamenco, et la trame harmonique se veut pour le moins hispanique avec un usage très fréquent d’accords phrygiens. Niño Rosele marche dans les empreintes de pas de son maître et nous livre un jeu flamenco aussi virtuose que mélodique.

Pas de deux, une pièce du ballet d’Igor Stravinsky A Fairy Kiss (!), sert d’introduction à l’original de Corea Admiration qui vient clore l’album. Cette courte mise en bouche démontre une nouvelle fois les talents du pianiste pour le jeu solo, et la pièce contemporaine trouve parfaitement sa place dans les nombreux horizons musicaux explorés par notre artiste.
Le spécial d’Admiration est aussi d’une complexité redoutable, ce qui ne semble pas perturber nos instrumentistes de haute volée. Il mène à la reprise du thème et une coda énigmatique, qui ne sert que de fausse fin car les derniers sons de l’album sont en réalité les pas de Nino de los Reyes accompagnés par les percussions.

Cette fin est en réalité la preuve que le rythme est le plus important dans cette musique pour Corea, qui dit à propos de l’album : 

“My genetics are Italian, but my heart is Spanish. I grew up with that music. This new band is a mix of all the wonderful and various aspects of my love and lifetime experience with these rhythms that have been such a big part of my musical heritage.”

(“Mes origines sont italiennes, mais mon cœur appartient à l’Espagne. J’ai grandi avec cette musique. Ce nouveau groupe est un mélange des merveilleux et variés aspects de mon amour pour ces rythmes (ainsi que mon expérience de vie avec eux), qui ont constitué une si grande partie de mon héritage musical.”)

Le Mot de la Fin

Chick Corea et son Spanish Heart Band nous propose donc un Antidote pour nos oreilles en manque d’Espagne et de beau jeu en moyenne formation.

À écouter de toute urgence!

Sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=T5ht6dcoLgM&list=PLJg8SehY3Tt2QJzzJpV7FlMZuYYiVFvpK
Google Play Music : https://play.google.com/music/m/B2cwvsfhvizzuemrmsswefuwdh4?play=1
Deezer : https://www.deezer.com/album/101230962?autoplay=true
Spotify : https://open.spotify.com/album/2fM4QCvifFnt0h9aYsNETv

À bientôt sur Jazzcomposer.fr! 

Louis

Catégories : ActuArticles

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